Le 6 mai 2026, la Commission européenne a dévoilé sa toute première stratégie de lutte contre la pauvreté dans l’Union. Face à 93 millions d’Européen·nes menacé·es en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, l’ESS s’impose comme un acteur clé. Mais les discussions budgétaires en cours pourraient limiter les moyens nécessaires à la mise en œuvre de cette ambition.
Une personne sur cinq touchée par la pauvreté dans l’UE
En 2024, 93 millions de personnes vivant dans l’Union européenne étaient en risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, soit près d’un·e Européen·e sur cinq. Chez les enfants, la proportion augmente à un sur quatre. Face à ce constat, la Commission européenne a présenté le 6 mai 2026 sa première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté. L’objectif affiché est d’éradiquer la pauvreté dans l’UE d’ici 2050.
La stratégie s’articule autour de trois priorités : favoriser l’accès à des emplois de qualité, garantir l’accès aux services essentiels (logement, soins, énergie, alimentation) et renforcer la coordination entre les différents niveaux de gouvernance. Parmi les mesures annoncées figurent des actions de prévention contre les expulsions locatives, une carte européenne destinée à faciliter l’accès des enfants en situation de pauvreté à certains services, ainsi qu’un dialogue structuré avec les personnes directement concernées. Une coalition européenne contre la pauvreté, associant entreprises et organisations philanthropiques, devrait également voir le jour dans les prochains mois.
L’ESS, un levier concret sur le terrain
Dans ce cadre, les acteur·rices de l’ESS apparaissent comme des partenaires naturels de la stratégie. Coopératives, mutuelles, associations et entreprises sociales interviennent déjà là où les marchés classiques échouent : logements abordables et non spéculatifs, emplois inclusifs et stables, services de proximité. Leur modèle, centré sur les personnes plutôt que sur le capital, s’aligne directement avec les objectifs de la stratégie.
L’organisation Social Economy Europe rappelle d’ailleurs que l’ESS ne contribue pas seulement à la cohésion sociale. Elle renforce aussi la compétitivité européenne en développant des solutions ancrées dans les territoires, durables et orientées vers le long terme.
Un financement qui reste incertain
Si la stratégie affiche des objectifs ambitieux, sa réussite dépendra fortement des moyens financiers mobilisés. Or, les négociations en cours sur le prochain Cadre financier pluriannuel (CFP) 2028-2034 soulèvent plusieurs inquiétudes. Certaines propositions évoquent notamment une possible intégration du Fonds social européen (FSE+) dans des enveloppes nationales plus larges, au risque de réduire la visibilité et les financements dédiés à l’inclusion sociale. Une telle évolution pourrait fragiliser l’accès des structures de l’ESS aux financements européens, alors même qu’elles constituent souvent l’un des relais principaux des politiques sociales sur le terrain.
Pour le European Anti-Poverty Network (EAPN), il ne s’agit pas seulement d’adapter les instruments existants, il s’agit d’opérer un véritable changement de paradigme. Il faut passer d’une logique de gestion ou d’atténuation de la pauvreté à une logique de réduction durable. Cela implique un financement plus ambitieux et une cohérence renforcée avec d’autres politiques européennes, notamment en matière de justice fiscale, de logement et d’accès aux droits.
Dans ce contexte, la stratégie européenne anti-pauvreté pourrait représenter une opportunité majeure pour renforcer l’action de l’ESS à condition que les moyens budgétaires suivent.