Réunie à Iași en Roumanie, l’Assemblée générale de Social Economy Europe (SEE) a mis en lumière un enjeu souvent moins visible dans les débats européens : le développement de l’économie sociale en Europe centrale et de l’Est. Derrière les échanges institutionnels, l’évènement témoigne d’une volonté de mieux intégrer des écosystèmes encore fragiles mais en pleine structuration.
L’AG organisée en Roumanie, symbole d’un rééquilibrage européen
Le 20 mai, Social Economy Europe (SEE), principal réseau européen représentant l’économie sociale auprès de l’Union européenne, a tenu son Assemblée générale à Iași en Roumanie. L’évènement était organisé par ADV Romania dans le cadre de la conférence « Enterprising for Tomorrow », qui a réuni plus de 1 000 acteur·rices de l’ESS venus de toute l’Europe.
Au-delà de son caractère statuaire, le choix de la Roumanie n’est pas anodin. Selon le Président de SEE, Juan Antonio Pedreño, cette conférence est devenue une référence pour l’ESS en Roumanie et plus largement en Europe de l’Est. Alors que les réseaux européens de l’ESS ont longtemps été structurés autour des expériences d’Europe occidentale, notamment françaises, espagnoles, italiennes ou belges, les organisations d’Europe centrale et de l’Est occupent désormais une place croissante dans les débats européens.
Un développement encore marqué par des inégalités territoriales
Cette visibilité accrue ne doit toutefois pas masquer les écarts persistants entre l’Est et l’Ouest du continent. Peter Surek, directeur d’Erste Social Finance Holding, rappelle que l’ESS en Europe centrale et de l’Est reste composée majoritairement de petites structures confrontées à des difficultés de financement et à une reconnaissance institutionnelle encore limitée. Dans plusieurs pays, la notion même d’entreprise sociale demeure insuffisamment définie ou soutenue par des politiques publiques adaptées.
Ces difficultés s’expliquent dans une certaine mesure par l’histoire de cette partie du continent. Les organisations coopératives, mutualistes ou associatives possèdent des racines anciennes dans la région mais plusieurs décennies de régimes communistes ont affaibli leur autonomie et contribué à une méfiance durable envers les formes d’organisation collective indépendantes.
Depuis les années 1990, le secteur s’est progressivement reconstruit, souvent pour répondre aux conséquences sociales des transitions économiques : chômage, recul des services publics ou augmentation des inégalités.
Une Europe de l’ESS encore à construire
L’organisation de cette Assemblée générale en Roumanie rappelle que l’ESS européenne demeure un projet inégalement développé selon les territoires. Si les institutions européennes reconnaissent désormais davantage ce modèle économique, les conditions de son développement restent très différentes d’un État membre à un autre.
L’enjeu n’est donc plus seulement de faire reconnaitre l’ESS à l’échelle européenne, mais aussi de réduire les écarts entre les écosystèmes nationaux. L’Europe centrale et de l’Est apparaît aujourd’hui comme l’un des principaux terrains de construction avec des besoins importants en matière de financement, de cadre juridique et de soutien public. À cet égard, la tenue de l’Assemblée générale de SEE à Iași constitue l’illustration d’une économie sociale européenne qui cherche désormais à se construire sur l’ensemble du continent.