Les « Territoires zéro chômeur de longue durée » (TZCLD) sont une initiative politique française lancée en 2016 et prolongée en 2020 jusqu’à 2026, visant à lutter contre le chômage de longue durée en France, tout en répondant aux problématiques économiques, sociales ou personnelles pour les personnes en marge du marché du travail. Toutefois, les TZCLD sont confrontés à des défis économiques et sociaux, générateurs de fortes tensions.
Les TZCLD ou imaginer différemment l’accompagnement
Lors de leur introduction, les TZCLD avaient pour objectif de relancer l’économie en s’attaquant à la problématique du chômage de longue durée, tout en concrétisant le droit constitutionnel au travail. Cette approche visait ainsi à constituer une alternative aux dispositifs publics existants pour les personnes en recherche d’emploi ou en marge du marché du travail. L’objectif principal était de proposer aux individus des emplois à durée indéterminée pouvant répondre aux besoins du territoire à travers des activités diverses et utiles.
Le choix des territoires est stratégique : les TZCLD se concentrent majoritairement dans des zones urbaines denses. Ces territoires se caractérisent par une absence marquée d’agences d’emploi, de structures d’accompagnement et de dispositifs favorisant l’insertion professionnelle. Le public concerné est hétérogène et comprend notamment des personnes âgées en recherche d’emploi afin d’obtenir leurs droits de retraite, des personnes en reconversion professionnelle, ainsi que des individus en situation de rupture sociale ou confrontées à des problématiques personnelles importantes. Cet accompagnement prend également la forme d’un soutien nécessaire pour les participant·e·s en offrant un accompagnement individualisé.
La mobilisation, constitue une étape essentielle du processus : les personnes participantes peuvent intégrer le dispositif et sont inscrites sur la liste dite de « mobilisation ». Elles sont accompagnées vers différentes issues possibles : un emploi de longue durée dans les entreprises participantes, une formation, un stage, un emploi hors du dispositif. Bien que les actions de mobilisation soient diverses et originales, les contraintes administratives en limitent la portée et réduisent l’impact sur le public ciblé.
Les obstacles rencontrés par l’expérimentation
Le Céreq (centre d’études et de recherches sur les qualifications) a publié en février, un rapport consacré l’évolution de cette expérimentation, fondé sur l’analyse de neuf des 83 territoires participants à l’initiative.
Les entreprises participantes sont limitées par certaines contraintes : elles doivent produire des biens ou services, respecter des règles administratives strictes, tout en fonctionnant avec des moyens financiers restreints. Ces limitations impactent la créativité des actions de mobilisation et favoriser des formes d’accompagnement plus classiques. Il en résulte parfois une mise à l’écart des personnes considérées comme « moins motivées », générant un sentiment d’exclusion. Ainsi, l’écart se creuse entre les objectifs de cette opération et la réalité de sa mise en œuvre, ce qui explique en partie pourquoi cette initiative peine encore à dépasser le statut d’expérimentation.
En janvier dernier, l’Assemblée nationale française a voté la prolongation l’expérimentation, initialement prévue de s’achever en juin 2026, jusqu’à la fin de l’année Le Sénat doit toutefois encore se prononcer.
Bien que cette décision constitue une avancée positive, la question budgétaire n’a pas été pleinement approfondie. Les financements publics sont indispensables pour assurer la pérennité, le développement et l’impact réel de l’expérimentation. Cependant, les législateurs français expriment des inquiétudes quant au coût du dispositif. La Cour des comptes avait précédemment salué l’expérimentation, tout en soulignant que le financement coûterait 28 000 euros par création d’emploi à temps plein, plus couteux que d’autres moyens d’insertion.
De plus, il est également prévu que les entreprises participantes, dites « à but d’emploi », soient conventionnées sous le patronage des préfets et la présidence des départements. Les groupes politiques de gauche rejettent cette proposition, estimant qu’elle conférerait aux autorités publiques un “droit de veto “, susceptible de décourager les zones prêtent à mettre en œuvre l’initiative.
Du côté de la Belgique, l’expérimentation s’implante difficilement
En Belgique, l’expérimentation a été lancée en 2023 par le gouvernement wallon. Initialement, 120 emplois avaient été créé, auxquels se sont ajoutés 33 emplois supplémentaires après le lancement. Par ailleurs, 43 activités ont vu le jour dans les secteurs d’économie locales. Cependant, dans les territoires où l’expérimentation a été testée, moins de cinq emplois ont été créés. Ainsi, le gouvernement wallon a décidé d’arrêter cinq projets et de réallouer vers les projets les plus performants.
Qu’il s’agisse de la France ou de la Belgique, les autorités publiques reconnaissent l’efficacité de ce dispositif. Toutefois, la réticence à investir davantage de fonds publics afin de soulager les entreprises participantes, ainsi que d’une certaine performance immédiate empêchent l’expérimentation d’évoluer positivement. Elle retrouve alors à un statut éphémère ou régulé au rang d’alternative de dernier recours ; bien que ce dispositif démontre les bienfaits de l’économie sociale et solidaire.