C’est en tout cas l’idée soutenue par la « UN Inter-Agency Task Force on Social and Solidarity Economy » (UN-TFSSE) et la Global Coalition for Social Justice. Dans un « policy brief » conjoint, les deux entités font de l’économie sociale et solidaire (ESS), un levier central pour une économie respectueuse des Droits humains et pour une éradication de la pauvreté qui ne repose plus sur la seule croissance du PIB.
Contexte et apport du policy brief
Le document part du constat que la croissance des dernières décennies n’a pas permis de réduire durablement la pauvreté ni les inégalités, tout en aggravant les pressions environnementales. Il souligne le décalage entre expansion économique, d’une part, et accès effectif aux droits, emploi décent et protection sociale, d’autre part, ce qui ouvre la voie à des approches qui vont au‑delà de la croissance et de la productivité. Dans ce contexte, le brief propose de recentrer la gouvernance économique sur la dignité humaine, l’intégrité environnementale et le bien‑être, en s’appuyant sur l’ESS comme infrastructure institutionnelle existante.
Le texte fait donc apparaitre le concept de « Human Rights Economy », pour lequel, les cadres réglementaires, politiques publiques et pratiques d’affaires sont alignés sur la réalisation effective des droits humains, au‑delà des seuls indicateurs monétaires. La pauvreté y est comprise de manière multidimensionnelle, enracinée dans l’exclusion sociale et la dévalorisation de secteurs comme le travail domestique et la santé, pourtant essentiels à l’exercice des droits économiques, sociaux et culturels. Le rapport soutient en outre que les stratégies traditionnelles, visant la croisse avant la redistribution n’ont pas produit de résultats équitables, d’où la nécessité de trajectoires qui s’attaquent directement aux barrières structurelles et aux dépendances à la croissance. L’ESS peut alors apparaître comme un partenaire privilégié pour mettre en pratique ces orientations, en ancrant participation, égalité, solidarité et primauté de la finalité sociale dans des formes d’organisation variées (coopératives, associations, mutuelles, fondations ou entreprises sociales). Des résolutions de la Conférence internationale du Travail, ainsi que de l’Assemblée générale de l’ONU vont d’ailleurs en ce sens, en posant l’ESS comme pilier d’un développement fondé sur les droits et le bien‑être.
L’impact de l’ESS sur les politiques économiques
Le brief articule sa feuille de route pour endiguer la pauvreté autour de cinq grands domaines: la transformation des systèmes économiques, les politiques du travail et économie des soins de santé, l’accès à la protection sociale et aux services essentiels, le climat/environnement/ressources, et enfin commerce, finance, dette et solidarité mondiale. Pour chacun de ces domaines, l’ESS apparait comme un élément essentiel. Elle permet entre autres de favoriser la production d’emplois décents, d’étendre la protection sociale des travailleurs, d’instaurer des modèles de gouvernance démocratique ou participative qui renforcent la transparence, la responsabilité et la confiance vis-à-vis des institutions mais également d’intégrer systématiquement des objectifs climatiques et de justice environnementale.
Ces orientations sont déclinées en mesures de court, moyen et long terme, allant de la reconnaissance juridique des entités de l’ESS et de leur visibilité, jusqu’à l’alignement des politiques commerciales, industrielles et d’emploi sur les principes de l’ESS et leur intégration dans les cadres budgétaires nationaux.
Ces objectifs de promotion de l’économie sociale sont donc parfaitement alignées avec les valeurs de Pour la Solidarité – PLS, qui défend un modèle social européen fondé sur l’équilibre entre développement économique et justice sociale et dont l’ESS est l’une des composantes les plus importantes.