France : report de la stratégie nationale ESS

Attendue en mars 2026, la stratégie nationale pour l’économie sociale et solidaire (ESS) en France a une nouvelle fois été repoussée à juin 2026. Ce report intervient alors que l’ESS représente 10% du PIB et pose la question de l’engagement français face aux ambitions européennes d’un écosystème clé de la transition sociale et économique. 

Un report qui pose question 

La publication de la stratégie nationale de l’économie sociale et solidaire (ESS), initialement prévue pour mars 2026, a été repoussée début juin 2026. Cette feuille de route doit fixer des objectifs à dix ans pour les secteurs associatifs, mutualistes et coopératifs du pays. Pour préparer ce plan d’envergure, le gouvernement avait engagé une concertation de neuf mois avec l’ensemble de l’écosystème ESS : associations, mutuelles, fondations, coopératives, employeurs, syndicats, conseils régionaux de l’ESS et financeurs.  

Ce nouveau report est perçu par de nombreux·ses acteurs·rices comme un signe de faible priorité accordée à l’ESS dans l’agenda politique.  

Avant le report, le ministre des PME, du Commerce, de l’Artisanat, du Tourisme et du Pouvoir d’Achat avait présenté en novembre 2025 les grandes lignes de la future stratégie :  

  • Renforcer l’interministérialité dans le pilotage des politiques ESS 
  • Sécuriser les financements publics via des mécanismes solidaires  
  • Soutenir la transition vers une économie responsable, notamment par l’actionnariat salarié  
  • Publier annuellement une « orange budgétaire » pour mesurer l’impact économique du secteur 
  • Renforcer la place de la France dans l’ESS européenne et internationale  

Ces ambitions traduisent une volonté de structurer un modèle économique qui représente aujourd’hui 10% du PIB et 2,4 millions de salariés en France, avec une forte présence dans les services sociaux, culturels et coopératifs. 

Des acteurs·rices ESS désabusés  

Pour les professionnel·le·s du secteur, le report à répétition est plus qu’un simple ajustement de calendrier. Il est interprété comme une marque de défiance de l’exécutif envers un modèle économique qui contribue largement à l’emploi local et à la cohésion sociale.  

Benoît Hamon, président d’ESS France, rappelle que l’ « économie sociale et solidaire représente 14% de l’emploi privé mais seulement 7,8% des aides publiques» selon la Cour des comptes. Cette disproportion est source de frustration pour un écosystème qui subit par ailleurs une concurrence accrue du privé lucratif.  

Le récent projet de loi de finances (PLF) pour 2026 illustre ces tensions : les arbitrages ont réduit de 54% les crédits de Bercy dédiés à l’ESS, ce qui menace selon les acteurs du secteur des dizaines de milliers d’emplois liés à l’accompagnement territorial des structures de l’ESS.  

Un contexte européen plus structuré  

À l’échelle de l’Union européenne, la dynamique est autrement plus avancée. Le Plan d’action pour l’économie sociale adopté en 2021 fixe une feuille de route stratégique ambitieuse à horizon 2030 déclinées autour de trois piliers : 

  1. Créer un cadre favorable à l’ESS 
  1. Multiplier les opportunités et renforcer les capacités des acteurs  
  1. Accroître la reconnaissance du secteur  

Dans ce cadre, une recommandation du Conseil de l’UE (novembre 2023) a invité les États membres à se doter de stratégies nationales ESS d’ici fin 2025. Si cet acte reste non contraignant, il constitue une étape importante de reconnaissance de l’ESS dans les politiques publiques européennes.  

Une stratégie attendue, mais un soutien fragilisé 

Le report de la stratégie nationale interroge donc doublement : 

  • Sur l’ambition et la visibilité politique accordées à l’ESS 
  • Et sur la capacité de la France à traduire en actes les objectifs européens en matière d’ESS 

À l’heure où de nombreuses structures font face à la baisse des financements publics et à une concurrence accrue du secteur lucratif, l’absence de calendrier clair renforce un sentiment de désengagement de l’État. Dans un contexte européen où l’économie sociale bénéficie d’une reconnaissance politique croissante, la France risque de se contenter d’un affichage stratégique sans allouer des moyens à la hauteur des ambitions annoncées.  

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