À Mayotte, le premier centre de formation basé sur l’économie sociale et solidaire (ESS) a ouvert ses portes. De plus en plus, l’ESS est perçue comme une solution aux problématiques quotidiennes du territoire.
Former les jeunes, un enjeu majeur
Mayotte est le territoire le plus jeune de France. En effet, selon les chiffres de l’Insee, plus de 60% de sa population est âgée de moins de 25 ans, la moyenne d’âge étant de 23 ans. À titre de comparaison, en France métropolitaine, la moyenne d’âge atteint la quarantaine. L’île fait face à de nombreuses difficultés, notamment un faible taux de scolarisation et un taux de chômage élevé. Le taux de chômage touchait 37% de la population active en 2023, toujours selon l’Insee . Chez les 15-29 ans, ce taux atteignait à 50% en 2022 et, au premier trimestre de 2025, 25,1 % des jeunes de moins de 25 ans étaient sans emploi.
Ainsi, le marché du travail à Mayotte se trouve dans une situation critique. C’est dans ce contexte que la Chambre Régionale de l’ESS de Mayotte (CRESS) a lancé, en collaboration avec Novapec (programme finançant les projets de l’ESS), l’Institut Fikiri spécialisé dans les questions ultramarines et le développement des objectifs de l’ESS.
Pour le directeur de la CRESS Kamal Youssef, les réponses aux problématiques doivent être adaptées et ne peuvent pas être des simples répliques déjà en œuvre en métropole : « Là où les politiques publiques s’adaptent souvent au vieillissement de la population, Mayotte fait face à une pression démographique très jeune, avec des besoins massifs en formation, en insertion professionnelle et en structuration des projets. »
Un centre de formation structurant une ESS locale
La formation des jeunes est devenue un point primordial pour relancer l’économie à Mayotte. En effet, la CRESS avait précédemment investi dans des formations qualifiantes en partenariat avec des écoles situées en métropole pour les participant·e·s, favorisant notamment des bachelors en gestion de projets ou en ressources humaines. Au total, une quarantaine de personnes ont été formées. Cependant, ces formations dépendaient de l’engagement des équipes disponibles, sans qu’il y ait une véritable structure responsable.
Toutefois, avec l’établissement de l’Institut Fikiri, une alternative sur le long terme a été trouvée. L’Institut se fonde sur trois piliers. Tout d’abord, le premier est un centre de formation : différents cursus diplômants sont proposés, comme des masters, des bachelors ou des certifications professionnelles. Ensuite, le deuxième pilier met en œuvre une formation continue destinée aux structures, associations et entreprises de l’ESS, focalisée sur les besoins locaux. À travers cet accompagnement, les structures apprennent les principes de la gouvernance associative, le montage budgétaire ou encore la manière de répondre à des appels à projets. Les accompagnements sont adaptés selon les secteurs, en fonction des problématiques existantes. Enfin, le troisième pilier porte le projet de faire de l’Institut Fikiri la première chaire ESS de l’océan Indien. L’objectif est d’adopter une « autre économie », c’est-à-dire de trouver des alternatives pour combler les lacunes des autorités publiques, comme l’explique Kamal Youssef. De plus, l’économie informelle est déjà une norme à Mayotte, puisqu’elle représente approximativement les trois quarts des activités.
Ainsi, dans un territoire marqué par une forte jeunesse et un chômage élevé, l’ESS apparaît comme une réponse adaptée aux réalités locales. En structurant la formation et l’accompagnement des projets, l’Institut Fikiri pourrait contribuer à transformer les initiatives existantes en leviers durables de développement et d’insertion pour les jeunes Mahorais.