Après plusieurs semaines de mobilisation des acteur·rices de l’économie sociale et solidaire (ESS), le gouvernement français est revenu sur la réduction budgétaire de 4 millions d’euros de crédits annoncée début juin. Si cette décision est saluée par les représentant·es du modèle économique, elle met également en lumière la fragilité des financements publics et les tensions qui entourent la reconnaissance institutionnelle de l’ESS.
Une mobilisation qui fait reculer le gouvernement
Début juin, le gouvernement avait annoncé une réduction de 4 millions d’euros des crédits consacrés au développement de l’ESS, soit plus de 30% de l’enveloppe dédiée au soutien des réseaux nationaux, des Chambres régionales de l’ESS (CRESS) et du Dispositif local d’accompagnement (DLA). Cette décision revenait sur les engagements pris lors de l’adoption de la loi finances pour 2026, où ces crédits avaient été finalement maintenus.
L’annonce a suscité une vive réaction des acteur·rices de l’ESS. ESS France et l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (UDES) ont suspendu leur participation aux travaux d’élaboration de la future Stratégie nationale de l’ESS, estimant que les conditions d’un dialogue de confiance avec les pouvoirs publics n’étaient plus réunies. Une lettre ouverte adressée au Premier ministre a également recueilli plus de 4 000 signatures parmi lesquelles figuraient de nombreux dirigeant·es d’organisations de l’ESS, élu·es et partenaires.
Le 22 juin, lors d’une réunion du Conseil supérieur de l’ESS, le ministre des petites et moyennes entreprises, du commerce, de l’artisanat, du tourisme et du pouvoir d’achat, chargé de l’ESS, Serge Papin, a finalement annoncé l’annulation de ces coupes budgétaires. Une décision saluée par les principales organisations représentatives, qui y voient le résultat direct de cette mobilisation collective.
Une victoire qui ne règle pas la question du financement de l’ESS
Si ce recul du gouvernement constitue un soulagement pour les structures concernées, il ne dissipe pas les inquiétudes exprimées depuis plusieurs mois. ESS France rappelait que ces crédits étaient déjà largement engagés pour financer des missions d’accompagnement sur le terrain. Leur suppression aurait pu entraîner des suppressions de postes, des interruptions d’activité, voire des cessations de paiement pour certaines organisations.
Au-delà du budget, cet épisode soulève plusieurs enjeux. Tout d’abord, il interroge la stabilité des politiques publiques en faveur de l’ESS. Alors que le gouvernement prépare la présentation de la Stratégie nationale de l’ESS, attendue en juillet après plusieurs mois de retard, les acteur·rices dénoncent un décalage entre les discours de soutien à l’ESS et les arbitres budgétaires qui affectent son fonctionnement. Il illustre également la capacité des acteur·rices de l’ESS à se mobiliser collectivement pour défendre leurs intérêts. La suspension du dialogue institutionnel, la pétition nationale et les prises de position d’élu·es ont contribué à faire évoluer la décision gouvernementale, rappelant que les réseaux de l’ESS peuvent peser dans le débat public lorsqu’ils parlent d’une seule voix.
Pour autant, plusieurs organisations appellent à ne pas considérer cela comme une résolution durable des difficultés de l’ESS. Dans un contexte marqué par des fermetures d’associations, des suppressions d’emplois et des contraintes budgétaires persistantes, le maintien des crédits apparaît davantage comme un retour au statu quo que comme un renforcement du soutien public à l’économie sociale. L’élaboration de la future Stratégie nationale de l’ESS constituera ainsi un premier test de la capacité des pouvoirs publics à inscrire leur soutien dans une vision de long terme.