10 400 emplois en moins, ESS France tire la sonnette d’alarme

Publié le 23 avril, un rapport sur la conjoncture de l’emploi dans l’économie sociale et solidaire (ESS) en France, produit par le réseau ESS France, tire la sonnette d’alarme. D’après leurs observations, l’ESS française subirait une perte nette de plus de 10 400 postes, tous secteurs confondus, entre décembre 2024 et décembre 2025, une première depuis la crise du COVID.

L’ESS face à une nouvelle période de crise

La résilience économique et sociale de l’ESS a été démontrée et éprouvée à plusieurs reprises, avec comme étendard de légitimité la performance de cette économie alternative au cœur de la crise du COVID-19. De fait, sur l’ensemble des trimestres des années 2020 et 2021, l’ESS avait enregistré une meilleure préservation des emplois que l’économie conventionnelle.

Aujourd’hui, c’est à l’aune d’une nouvelle période de crise, notamment énergétique, que l’ESS voit son rôle de stabilisatrice de l’économie globale mis à l’épreuve. C’est en tout cas ce dont témoignent trois indicateurs clés étudiés dans le rapport : le nombre de personnes employées, le nombre d’établissements ainsi que l’évolution du salaire moyen.

Le chiffre le plus alarmant, puisqu’il représente l’un des principaux leviers d’impact social de l’ESS, est celui de la contraction du nombre d’emplois à hauteur de 10 447 entre 2024 et 2025. Ce recul est principalement subi par le secteur associatif, qui perd environ 12 305 postes, tandis que le milieu mutualiste enregistre trois trimestres consécutifs de pertes nettes d’emploi, avec -2 465 salarié·es. À l’inverse, les coopératives et les fondations font preuve d’une tendance à l’embauche qui compense partiellement les pertes des autres entités.

De ce côté, et malgré une perte de vitesse générale, les fondations font figure de premières de cordée en enregistrant une moyenne de 3,6 % de création d’emplois sur l’ensemble des années 2024 et 2025.

À l’inverse, et c’est ici une différence majeure avec les conclusions tirées de la crise sanitaire, le secteur privé hors ESS gagne du terrain avec une hausse de 0,53 %.

Ces données sont à mettre en parallèle avec l’évolution du nombre d’établissements. En effet, le rapport d’ESS France confirme la dynamique des fondations, qui voient leur nombre croître bien plus rapidement que celui des associations, quasiment à l’équilibre, tandis que les mutuelles et coopératives sont en proie à une baisse allant jusqu’à 2 %.

Une crise différenciée en fonction des territoires

Il est important de souligner que cette mauvaise passe est géographiquement et sectoriellement différenciée. Du point de vue des territoires, le constat est particulièrement hétérogène. Bien que l’ensemble des régions métropolitaines subissent un solde négatif de création d’emplois, la région PACA reste très proche de l’équilibre avec 42 postes en moins. L’Île-de-France est, à l’inverse, la région qui concentre, en valeur absolue, la plus forte perte avec 2 660 emplois en moins.

Si l’on prend en compte l’évolution relative au nombre d’emplois déjà présents initialement, les territoires d’outre-mer sont les plus contrastés. La Guyane enregistre un bond de +3 % d’emplois, quand la Guadeloupe voit le nombre de salarié·es de l’ESS baisser fortement de 1,3 %.

Le secteur de la culture comme témoin d’un manque de soutien politique

Enfin, cette tendance générale ne peut être pleinement comprise sans analyser les différents secteurs et leurs évolutions respectives. Sans grande surprise, le champ culturel est celui qui est le plus touché par les suppressions de postes. De fait, les données relatives au secteur de l’art et du spectacle ainsi qu’à celui de l’enseignement culturel témoignent d’une crise importante, qui pourrait s’expliquer en partie par la tendance à la baisse des dotations budgétaires locales à ces secteurs pourtant essentiels à la résilience économique des territoires.

Pour ne prendre qu’un exemple, Christelle Morançais, présidente de la région Pays de la Loire, a en 2024 acté un budget de rigueur particulièrement sévère pour le secteur culturel : -8 millions d’euros de subventions pour l’année 2025.

Ce type d’acte budgétaire va à rebours des enjeux contemporains de résilience et de vitalité des territoires, domaines dans lesquels l’ESS se positionne comme une pierre angulaire.

De nombreux objectifs politiques dépendent d’une économie sociale prospère. C’est par exemple le cas de l’objectif européen de former au moins 60 % des adultes chaque année, établi dans le plan d’action du socle européen des droits sociaux. Or, l’ESS enregistre en France une baisse significative de 6,4 % des postes dans la formation continue des adultes.

Il y a donc une urgence à agir et à soutenir politiquement l’économie sociale.

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