Injonction à la neutralité, les menaces planant sur les associations

Les associations et le discours politique qu’ils portent sont menacés par l’injonction à la neutralité en provenance des pouvoirs subsidiaires. C’est ce que dénonce une analyse parue le mois dernier qui, sous la plume de Marian de Foy pour SAW-B, revient sur une tendance au rétrécissement des libertés associatives. 

Comprendre l’association comme un lieu d’engagement politique autonome

Avec près de 147 000 associations en Belgique, le monde associatif constitue une clé de voûte de l’organisation autonome de la société civile et un pilier essentiel de la vie démocratique. Des grandes organisations comme Oxfam aux associations sportives locales, le modèle associatif offre un espace concret d’exercice de la citoyenneté. Lieu de délibération, de décision collective et d’engagement, il participe à la politisation des citoyen·nes et contribue à la pluralité des discours démocratiques.

SAW-B le rappelle dans son édito : le rôle des associations ne peut être réduit à une simple délégation de services par les pouvoirs publics. En s’appuyant sur Jean-Louis Laville, la fédération souligne que le milieu associatif contribue à construire une base citoyenne engagée, capable de produire une pensée critique et d’agir concrètement pour défendre une certaine vision du commun.

Cette lecture rejoint l’analyse de Jean Blairon, qui rappelait en 2018 que le « contre » du contre-pouvoir associatif repose sur trois dimensions indissociables : la liberté de regroupement et de participation au débat public, le développement de formes alternatives d’organisation et de production, et l’expérimentation d’un travail porteur de sens par la pratique.

Le monde associatif doit donc être reconnu comme un espace d’expression, d’expérimentation démocratique et de contre-pouvoir. C’est à cette condition que son autonomie et sa contribution essentielle à la démocratie pourront être pleinement protégées.

Les dangers qui planent sur le modèle associatif

C’est en réalité pour mettre en garde contre les dangers encourrus par les associations que SAW-B a partagé son analyse sur la réduction de libertés d’opinions des celles-ci, en proie à une injonction à la neutralité de plus en plus pressante de la part des autorités publiques.

Ainsi, il est précisé que la réduction de la liberté associative ne passe pas nécessairement par des atteintes directes, mais par l’accumulation de contraintes : pression sur les subsides, exigences administratives accrues, contractualisation des activités et réduction des marges de manœuvre.

Pris ensemble, ces mécanismes contribueraient à une forme d’injonction à la dépolitisation des associations, en limitant leur capacité critique ou revendicative.

Cette tendance est également documentée en France par l’Observatoire des libertés associatives. En 2025, celui-ci indiquait que 41 % des associations dites « citoyennes », c’est-à-dire menant des activités de plaidoyer, organisant des débats, manifestations, pétitions ou tribunes, déclaraient s’être déjà auto-censurées afin d’éviter des conflits avec les pouvoirs publics.

Dans le cas français, les tensions concernent principalement les collectivités locales : dans 19 cas sur 20 recensés, une municipalité ou une autre collectivité territoriale était impliquée.

Les recours et solutions pour résister à ces dangers

Face aux pressions croissantes pesant sur les associations, l’Observatoire des libertés associatives formule plusieurs préconisations visant à préserver la liberté d’association et la capacité critique du monde associatif.

Une première piste consiste à renforcer le recours au droit et la formation des professionnel·les associatifs afin de mieux identifier et contester les abus de pouvoir publics.

Dans cette perspective, l’Observatoire met notamment à disposition un outil permettant de déterminer si certaines injonctions à la neutralité politique ou certaines sanctions sont légalement fondées ou constituent une atteinte abusive à la liberté associative.

L’Observatoire insiste également sur la nécessité de lutter contre le brouillage croissant entre administration publique et monde associatif. Cette confusion résulte notamment du recours de plus en plus fréquent à la contractualisation et à la commande publique pour déléguer des services d’intérêt général.

Selon l’Observatoire, cette logique tend à transformer les associations en simples prestataires, au détriment de leur rôle démocratique et citoyen. Il recommande dès lors de privilégier des subventions pluriannuelles de fonctionnement structurel, permettant de garantir une plus grande autonomie des organisations.

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