Rencontre entre l’extrême droite et le patronat : l’ESS dresse ses lignes rouges

Fin avril 2026, le président du Rassemblement national Jordan Bardella rencontre le Mouvement des entreprises de France (Medef). Une première historique qui divise le monde patronal. L’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes) alerte sur les menaces concrètes que fait peser le projet du RN sur l’accueil, l’emploi et les libertés associatives.  

Une rencontre historique 

C’est une rencontre qui n’avait jamais eu lieu avant. Le Mouvement des entreprises de France (Medef) a officiellement reçu Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), pour un déjeuner avec son bureau. Reportée une première fois en mars, cette rencontre s’inscrit dans une série d’entretiens que l’organisation patronale organise avec les dirigeant·es des principaux partis politiques. 

Pour le Medef, le raisonnement est pragmatique : le RN « pèse lourd au Parlement » et ne peut plus être écarté des contacts politiques. À un an de l’élection présidentielle, les rapprochements s’accélèrent. Quelques jours avant ce déjeuner, Marine Le Pen dînait déjà avec plusieurs dirigeant·es de grands groupes du CAC 40, dont des représentant·es de LVMH, TotalEnergies ou encore Renault.  

L’ESS tire la sonnette d’alarme  

Face à cette normalisation, l’Union des employeurs de l’économie sociale et solidaire (Udes), qui représente plus de 220 000 structures et près de 2,7 millions de salarié·es en France, a pris position fermement. Son président, David Cluzeau, est catégorique : il n’y aura pas de rencontre avec le RN. « Il y a un abîme entre le projet de société que porte l’extrême droite et celui que porte l’économie sociale et solidaire », a-t-il déclaré dans une interview pour Les Échos. 

Ce refus n’est pas que symbolique. Il repose sur des incompatibilités concrètes 

  • La préférence nationale portée par le RN entre directement en collision avec les logiques d’accueil, de non-discrimination et d’inclusion qui fondent le fonctionnement des structures de l’ESS, 
  • Les libertés associatives sont aussi dans le viseur : des propositions du RN viseraient à soumettre les associations à de nouvelles contraintes,  
  • Les droits des salarié·es et des bénéficiaires de l’ESS, souvent des personnes en situation de fragilité, seraient directement affectés par un durcissement des politiques migratoires ou d’accès aux services.  

Quels risques pour l’ESS en Europe ?  

L’ESS bénéficie en France, comme dans d’autres États membres, d’un cadre réglementaire et de financements publics, notamment européens, liés à des objectifs d’inclusion, de cohésion sociale et d’égalité des chances. Ces orientations sont inscrites dans les politiques de l’Union européenne : fonds structurels, Plan d’action pour l’économie sociale, directive sur les salaires minimaux adéquats. Or un recul des libertés associatives, un durcissement des conditions d’accueil ou une remise en cause des critères d’utilité sociale pourraient fragiliser les structures de terrain qui mettent en œuvre ces politiques au quotidien. Dans plusieurs pays européens, la montée des forces nationalistes est déjà traduite par une pression accrue sur le secteur associatif.  

Le déjeuner Medef-Bardella soulève une question de fond : jusqu’où le monde économique est-il prêt à aller dans la normalisation de programmes qui remettent en cause des pans entiers du modèle social européen ? La suite dépendra aussi des arbitrages budgétaires à venir et de la capacité des structures de l’ESS à peser collectivement dans le débat européen sur le modèle social.  

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